In gesprek

Restez chez vous : voilà sans doute l’expression phare de 2020. Mais le fait de rester à la maison influence aussi nos habitations. Pendant le confinement, tout s’est arrêté, avant d’amorcer une ruée sur l’immobilier, entraînant une surchauffe du marché. Mais que va-t-il se passer à présent ? C’est la question centrale de notre podcast avec Filip Dewaele, CEO de Dewaele immobilier, Véronique Goossens, responsable de la recherche au sein du département des études économiques de Belfius, et Davy Demuynck, CEO d’ION.

Les prix de l’immobilier ont augmenté après le confinement. En Flandre, au troisième trimestre 2020, une maison coûte en moyenne 5,5 % de plus que l’année dernière. Pour un appartement, ce pourcentage est même monté à 6 %. Avez-vous le sentiment que les prix s’envolent ?

Veronique Goosens

Filip : « Contrairement à nos attentes, il y a eu une forte vague d’intérêt pour l’immobilier après le confinement. Les gens ont eu le temps de réfléchir, de se concerter et de se préparer. Et quand il y a beaucoup d’acheteurs, les prix augmentent. »

Davy : « Peu après le confinement, certains de nos projets ont connu une baisse des ventes, tandis que d’autres ont vu une forte hausse des chiffres. La demande a été particulièrement forte pour les résidences secondaires à la côte et pour les biens d’investissement dans une catégorie de prix limitée. La vente de nouveaux projets de construction sur plan a plus particulièrement ralenti. En tant qu’entreprise, on ne peut pas changer le marché. Nous pensons surtout à l’avenir : quel type de produit devrions-nous développer pour répondre à la demande ? »

Veronique Goosens
Cette crise ne provoquera pas de chute brutale des prix de l’immobilier.

Véronique : « Il est évident qu’il y a eu un fort engouement. Nous prévoyons que l’immobilier entame une période d’accalmie cet automne, mais nous ne pensons pas que les prix de l’immobilier baisseront fortement. Les gens sont plus inquiets. Ils ont peur du virus, peur de perdre leur emploi…

C’est pourquoi nous prévoyons une baisse des prix d’un demi pour cent cette année. Nous ne nous attendons pas à une diminution importante, car le marché est très bien soutenu par de nombreux facteurs. D’une part, les taux d’intérêt extrêmement bas incitent à emprunter à très bon marché. Et d’autre part, il existe une importante pénurie de logements : les baby-boomers veulent rester plus longtemps dans leur maison et le nombre de familles monoparentales augmente.

Depuis mai, les ventes de propriétés dans la fourchette de prix légèrement supérieure ont grimpé. Remarquez-vous cette tendance dans les demandes de nouvelles constructions? Ou dans les ventes?

Davy Demuynck
Nous nous efforçons de créer des espaces extérieurs communs de qualité, et ce, depuis avant le coronavirus.

Davy : « Je pense que cet impact est limité, parce qu’en définitive, c’est le prix du bien qui compte. C’est votre portefeuille qui détermine ce que vous pouvez acheter. Nous travaillons depuis des années à la construction de logements de qualité avec une terrasse spacieuse. Un espace extérieur privé de taille limitée rend les appartements plus abordables. Ces dernières années, nous avons travaillé très dur sur l’aménagement d’espaces publics. Nous veillons à ce que nos plus grands projets offrent un cadre agréable avec un environnement vert. J’insiste sur le caractère abordable des logements. Les gens ont pu suivre l’augmentation des prix de ces dernières années grâce à un financement bon marché. Les taux d’intérêt n’ont fait que baisser. Je partage la vision des personnes autour de la table selon laquelle il y aura un glissement relatif de la vente vers la location.

La Belgique est traditionnellement un marché d’acheteurs, mais nous nous trouvons dans une situation où 30 % des citoyens doivent louer. Je pense que ce pourcentage passera à 50 % dans les années à venir. Le fait de se concentrer sur les biens en location – pour lesquels il y aura toujours de la demande – présente plusieurs avantages. Il y a encore des investisseurs qui ont confiance dans l’immobilier, tant qu’ils peuvent être aidés. Beaucoup de gens ont de mauvaises expériences de location, car ils doivent résoudre les problèmes eux-mêmes. Je constate que divers acteurs réagissent à cette situation en assistant les investisseurs. »

Le marché de la location est en pleine croissance. L’aspect budgétaire y est pour quelque chose, mais le gouvernement joue également un rôle.
Filip Dewaele

Filip, en tant qu’agent immobilier, ressentez-vous également une augmentation de la demande de biens à louer?

Filip : « Le marché de la location connaît en effet une certaine croissance, d’une part pour des raisons budgétaires, mais d’autre part aussi parce que le gouvernement joue un rôle dans ce domaine. Par le passé, le gouvernement s’est appuyé sur les habitations propres pour résoudre le problème des pensions. Mais pour accroître la mobilité professionnelle, il faut davantage de locataires. Ceci permet de résoudre le problème des embouteillages, en rapprochant les locataires de leur travail. Sur le plan politique, ce changement a été complètement opéré. C’est l’une des raisons pour lesquelles la prime au logement (woonbonus) a été abolie l’année dernière. »

Véronique : « Le marché de la location restera porteur, mais une augmentation à 50 % me semble trop enthousiaste. Je ne le vois pas évoluer de façon aussi forte, mais le fait est que de nombreux jeunes ont du mal à acheter une maison. En outre, les jeunes sont beaucoup plus flexibles. Ils sont plus susceptibles de passer d’un emploi à l’autre, en changeant de types d’emplois ou d’activités, ou en interrompant leur carrière… »

Filip : « En effet, nous constatons que les jeunes louent de manière flexible dans les grandes villes. Mais dès qu’ils commencent à fonder une famille, ils redeviennent de vrais Flamands et rêvent d’une maison avec un petit jardin. Le passage à 50 % de locataires n’est pas pour demain. Mais la tendance selon laquelle nous avons moins de locataires et plus de propriétaires s’est complètement inversée. »