Real Estape innovatie

Dans un monde où les innovations technologiques se succèdent à un rythme effréné, il est important en tant que secteur de choisir et de mettre en œuvre la technologie adéquate. Le monde de l’immobilier, plutôt classique, doit relever d’énormes défis à ce niveau.

Nous accueillons Arne Allewaert, managing partner du fonds d’investissement Amavi, Davy Demuynck, CEO d’ION, et Steven Lambert, ancien propriétaire de Spacewell. Ils abordent les innovations technologiques du marché de l’immobilier et expliquent leur vision d’avenir.

Arne Allewaert Amavi

Arne, vous êtes managing partner du fonds d’investissement Amavi. Comment envisagez-vous le rôle de votre entreprise dans cette nouvelle évolution ?

Amavi Capital est un fonds européen dédié à la proptech (technologie immobilière), qui allie le monde immobilier traditionnel au nouveau monde de la proptech grâce à des technologies innovantes. À l’heure actuelle, nous constatons que de plus en plus de promoteurs innovants possèdent des bâtiments et les gèrent. En captant les données générées par ces bâtiments, en les analysant et en les associant aux données publiques, on peut obtenir des perspectives pertinentes qui débouchent sur un processus d’amélioration permanent. Ces technologies améliorent également l’expérience client, une notion pratiquement inconnue dans le monde immobilier. De plus, il est communément admis que la proptech est essentielle dans la recherche d’une réponse à la question climatique. Seulement, le monde de la construction classique est encore trop réticent aux innovations.

Steven Lambert

Et Steven, en tant qu’ancien propriétaire de Spacewell, vous pouvez vous targuer d'une longue expérience. D’après vous, de quelle manière les données sur des bâtiments existants peuvent-elles entraîner une diminution des coûts et une augmentation de l’efficacité ?

Nous constatons que le secteur immobilier est en pleine évolution : alors qu’on se concentrait autrefois sur l’automatisation des processus, la gestion des installations, l’entretien, le nettoyage, etc., on note à présent une transition vers les données. Ces données permettent non seulement de construire des ponts numériques entre le monde immobilier, les architectes et les entreprises de construction, mais aussi entre les gestionnaires immobiliers, les gestionnaires de lieux de travail et les gestionnaires d’énergie par exemple.

Davy, en tant que CEO d’ION, qui est quand même un acteur jeune et dynamique dans le secteur immobilier, croyez-vous que l’innovation soit la clé de la différenciation ?

Tout à fait, je pense que le secteur immobilier est relativement traditionnel parce qu’il est extrêmement fragmenté. Ainsi, le plus grand promoteur immobilier belge détient de 3 à 4 % du marché, suivi par quelques promoteurs qui en possèdent 2 ou 1 %, mais le reste beaucoup moins. Rares sont ceux qui ont des notions en matière de proptech et qui savent que la proptech peut renforcer considérablement l’efficacité du processus de construction. La rapidité et l’efficacité de construction peuvent être améliorées en répertoriant les différents aspects du processus grâce à la technologie adéquate. Il existe déjà de belles initiatives dans ce domaine.

L’investissement d’Amavi dans Gbuilder semble confirmer cette tendance. Pouvez-vous nous en dire plus, Arne ?

Nous avons en effet investi dans Gbuilder, une entreprise finnoise qui crée un environnement 3D à partir de plans 2D afin que l’acheteur d’un appartement puisse voir son futur logement en 3D, s’y promener et faire ses choix de finition. Non seulement cette méthode est beaucoup plus efficace, mais elle améliore aussi sensiblement l’orientation client.

Par ailleurs, nous avons également investi dans Shayp, une entreprise belge qui a développé un détecteur automatique de fuite d’eau pour les bâtiments, jusqu’au niveau de l’appareil. En guise de troisième exemple, j’aimerais également citer notre investissement dans une entreprise néerlandaise, Finch Buildings, spécialisée dans la construction modulaire en bois. Elle fabrique des modules en bois qui sont ensuite utilisés pour construire des bâtiments. Cette évolution est en plein essor aux Pays-Bas et en Scandinavie, mais elle commence aussi à se dessiner en Belgique.

Nous constatons également depuis peu une tendance aux consolidations, qui permet à plusieurs entreprises de proptech de proposer ensemble une offre de produits plus holistique.

Le temps ne s’arrête jamais. Steven, comment voyez-vous la technologie évoluer dans le secteur immobilier ?

J’aimerais prendre un exemple pour illustrer mes propos. L’année dernière, nous avons lancé le projet « Port of Antwerp » avec Spacewell autour d’un campus maritime, où des start-ups, des entreprises et même la marine se réunissent. Nous y avons constaté que nous pouvions traiter les problèmes de construction et d’entretien de manière plus rapide et plus efficace. En effet, dans un processus de construction, des centaines d’offres sont émises et doivent être comparées, des données doivent être échangées à ce sujet, alors qu’elles n’intéressent plus personne par la suite. Cependant, ces modèles BIM et 3D peuvent servir de point de départ pour que chaque fournisseur puisse développer son propre dossier avec des modèles 3D, des spécifications techniques et des documents.

Davy Demuynck

Revenons à vous, Davy. Pensez-vous que cette évolution est faite pour durer ou plutôt qu’il s’agit d’une tendance amenée à disparaître ?

Je suis convaincu que la technologie sera la nouvelle normalité d’ici dix ans, même dans le secteur de la construction et de l’immobilier, en témoigne le fait que les plus grands acteurs technologiques, comme Google, Amazon et Apple, y travaillent beaucoup à l’heure actuelle. Ces entreprises sont en train de lancer des tas d’initiatives dans le secteur immobilier et achètent des entreprises qui possèdent la technologie adéquate. Actuellement, Google construit des villages entiers au Canada, où les gens peuvent louer une maison à bas prix, à condition de marquer leur accord pour que la maison soit truffée de capteurs. Ces capteurs fournissent des données, et donc de l’argent, à Google, car elles peuvent être revendues à des fabricants, fournisseurs, ingénieurs, bureaux, etc. Ainsi, Amazon a récemment investi de grosses sommes en Amérique, où les gens peuvent simplement configurer en ligne une habitation préfabriquée. L’habitation est alors construite en usine et les modules sont livrés un mois plus tard. La nouvelle maison est donc terminée en un rien de temps. Je suis vraiment persuadé que c’est l’avenir et que les acteurs traditionnels qui ne s’adaptent pas seront tout simplement balayés par la concurrence.

Demandons l’avis d’Arne : la principale concurrence sur le marché immobilier vient-elle encore des petits acteurs à la croissance rapide ?

Non, elle provient clairement de la technologie. Si le monde de l’immobilier classique ne prend pas la direction de la technologie, c’est la technologie qui prendra la direction du monde de l’immobilier. Il faut vraiment en avoir conscience.

Qu’en pensez-vous, Steven ? Voyez-vous d’autres acteurs entrer dans le monde de l’immobilier ?

D’après moi, nous devons par exemple nous attendre à l’arrivée des gestionnaires d’énergie dans le secteur immobilier. Je pars du principe que d’ici quelques années, nous nous chaufferons différemment. Dans cette optique, le gestionnaire d’énergie pourra, grâce à la captation des données, gérer plus efficacement notre énergie, si bien que le consommateur final paiera moins au bout du compte. Ou encore, le gestionnaire d’énergie peut décider de faire passer la puissance de la borne de recharge pour les voitures électriques de 100 à 60 watts afin de consommer moins d’énergie. Cela n’influence pas les performances de conduite de la voiture, mais réduit la consommation d’énergie et donc les frais qui y sont liés. Il s’agit de modèles d’incitants innovants qui peuvent faire entrer dans ce monde des acteurs qui n’y étaient pas auparavant.

Pour conclure, Davy, allons-nous connaître un monde plus efficace et, par conséquent, moins cher ?

J’en suis convaincu. Il suffit de penser à la politique du prix unique qui remplace progressivement la norme habituelle consistant à calculer un loyer, qui est ensuite majoré d’une partie des frais, d’un abonnement pour l’électricité, d’un abonnement pour le gaz et d’un abonnement pour Internet. Avec cette formule, des mesures efficaces sont effectuées pour que le prix global soit finalement moins élevé que lorsque toutes les installations et les abonnements sont facturés séparément. Cette tendance va certainement faire son apparition en Belgique dans les années à venir.